lundi 7 janvier 2019

Nos vœux de nouvel an inspirés par l’Epiphanie

Cette grande fête nous donne une belle occasion de prendre conscience de l’une des nombreuses plaies de l’humanité qui a deux facettes: l’esprit grégaire et la servilité. En effet, les fameux rois-mages nous en ont laissé un magnifique contre-exemple. 
     
Au beau milieu d’un monde encore majoritairement païen, même si le paganisme était alors fortement sur le déclin, ils ont su s’en démarquer et s’en détacher non sans courage. Car l’esprit grégaire ou, si l’on préfère, « moutons-de-Panurge » est tyrannique. Et d’autant plus qu’il est majoritaire ; et pas une preuve d’intelligence mais plutôt de la crainte qu’on appelle respect humain ou de l’esclavage qu’est le conformisme. Quoi de plus dégradant pour l’homme que de n’avoir pour ligne de conduite que celle du caméléon ! Quoi aussi de plus bête, comme le montre bien la fin de l’histoire de Panurge, que la préoccupation dominante et malheureusement si commune d’être à la mode, à la page, au goût du jour, dans le vent, de son temps, « up to date » ou simplement comme tout le monde! Quoi enfin de plus dangereux car dispose à tous les reniements et trahisons de causes communes! Et, faut il le préciser, pas pour des causes plus nobles mais, bien au contraire, allant de paire avec la bassesse de ce comportement. Toutes les révolutions parvenues à leur fin ont su judicieusement, il faut le reconnaître, exploiter cette grande faiblesse humaine. Dans le domaine religieux il en fut notamment ainsi depuis l’ancien arianisme jusqu’au modernisme aujourd’hui triomphant, répandus dans l’Eglise entière, en passant par le protestantisme où sombrèrent des pays entiers. Si l’ensemble de l’Eglise n’échappe pas à ce grand travers, c’est dire qu’il existe a fortiori pour toute autre société comme pour toute partie de l’Eglise. C’est dire aussi qu’il peut parfois exister sous apparence de bien ou pour la soi disant défense des biens les plus grands mais par des moyens très contestables…


A l’égard d’Hérode comme envers leurs pairs, en Orient, ces Rois ne firent également pas preuve de la servilité appelée ordinairement obéissance mais, en réalité, fausse obéissance. En effet, toute vertu est une aptitude à un bien particulier qui ne peut militer contre une autre vertu donc un autre bien particulier comme la justice, la foi etc.. Et l’obéissance véritable à quelque autorité humaine que ce soit ne peut aller contre la volonté divine et absolument souveraine, comme le leur a fait comprendre l’inspiration céleste leur indiquant de ne pas repasser par Jérusalem donc de désobéir à l’injonction criminelle de son tyran. La servilité elle même est également tyrannique et pour les mêmes raisons que l’esprit grégaire, son parent, sauf, comme on peut aisément le constater, qu’elle grandit dans son étendue et son degré proportionnellement à la proximité du pouvoir ou à l’espoir de s’en rapprocher qu’on appelle l’ambition. Autrement dit, c’est bien plus le grand défaut de l’élite d’une société que de sa base. Elle procède des trois fameuses concupiscences universelles (argent, pouvoir et plaisirs) et est le moyen le plus facile, étant le plus vil, de les satisfaire à défaut de mériter. Elle s’apparente encore à l’esprit grégaire par la crainte qui lui est propre, elle-même servile, celle de déplaire au pouvoir, qui n’est autre que la crainte de perdre ses propres pouvoir, réputation, fortune et jouissances terrestres. Là aussi tous les grands tyrans ou su habilement exploiter cette autre bassesse humaine, pour asseoir leur domination, en distribuant ces biens ou en menaçant d’en priver.


Les Mages ne furent donc ni grégaires, ni serviles, ces deux grands vices qui ont néanmoins un bon côté, celui de prouver une nécessité ou une caractéristique essentielle de la nature humaine : vivre en société. Ce qui implique, il est vrai, un entraînement mutuel mais qui n’est pas nécessairement grégarité. Il doit plutôt être émulation. A l’opposé de la précédente, celle-ci est le fait d’une minorité brillant par son excellence et entraînant par là la masse vers le haut. Telle est l'Église avec ses saints (dont font partie les Mages) ! Telle est toute société à proprement parler aristocratique, c'est-à-dire gouvernée précisément par le principe d’excellence, qu’on soit en monarchie ou en république , avec une vraie légion d’honneur dont les membres sont dignes d’être honorés c.à.d. irréprochables sous tout rapport. 


A l’inverse, nous pâtissons tous, de nos jours, de l’épouvantable médiocrité ambiante et dominante, devenue très proche de la nullité, en vertu, et même moins que zéro avec tous les encouragements, médiatisés puis légalisés sans aucune vergogne, à tout ce qui est contre-nature! On ne voit pas quelle autre fin que celle des moutons de Panurge peut connaître une telle société qui, non contente d’être devenue d’une bêtise abyssale , accumule les pires crimes qui crient vengeance au Ciel ! Dieu, s’il est encore possible, daigne nous en préserver et commencer par susciter un vrai sursaut salvateur dans l’Eglise ! Tel doit être le vœu le plus cher et primordial d’un chacun un tant soit peu lucide car il y a plus qu’urgence pour les saluts individuel et commun!

mercredi 17 octobre 2018

La faiblesse humaine de l’Eglise et sa divinité

Les ennemis de l’Eglise, soutenus par la cinquième colonne de ses imbéciles utiles, font leurs choux gras dans les media de découvertes sordides sur les mœurs d’une poignée de ses ministres. Face à l’ampleur relative de ces désordres il est fort probable qu’ils aient profité, d’abord, de l’incroyable laxisme qui y règne depuis belle lurette, notamment au niveau du recrutement dans les séminaires ; puis de la complicité des loups déjà introduits dans la bergerie ; le tout pouvant être le fait de ces ennemis, comme, fait avéré, les agents communistes infiltrés dans sa hiérarchie, sans parler des francs-maçons. Mais à qui nuisent-ils ? Aux plus fragiles ou aux moins convaincus de ses membres, sans doute relativement nombreux de nos jours ? Malheureusement oui ! A l’Eglise elle-même ? Certainement pas !
     
Comme l’on dit, elle en a vu d’autres depuis 2000 ans ! Plus de deux millénaires, en effet, que les suppôts de Satan s’efforcent par tous les moyens de faire disparaître le catholicisme : en vain ! Puisque même le martyre n’y a rien fait : « sang des martyrs, semence de chrétiens » ! Satan lui-même et les démons le savent très bien ou ne se font aucune illusion sur le résultat final de leurs menées. Mais ils laissent, voire poussent, leurs conquêtes humaines, bien moins instruites et lucides qu’eux, à se déchaîner, quitte à s’y casser les dents génération après génération, afin de seulement et misérablement assouvir leur haine inextinguible de Dieu et de tout ce qui est à lui et de lui.
     
Et tout cela n’arrive, bien sûr, qu’avec sa permission car Il est capable de transformer le mal en bien, comme des pierres en fils d’Abraham aussi nombreux que les étoiles du ciel et que les grains du sable. En effet, la faiblesse humaine de l’Eglise catholique ou de ses membres au cours des siècles, qu’on peut dire, à l’expérience, sans bornes, et qui, à vue humaine, aurait dû depuis bien longtemps avoir raison d’elle, à commencer par les déficiences fréquentes et grandes dans son gouvernement ordinaire, ne rend elle pas plus évidente la divinité de cette société ?
      
Tout d’abord par la pérennité sans pareille et visible de sa tête qu’est son siège à Rome avec laquelle ne peut rivaliser aucune autre société humaine, religieuse ou pas, faisant suite, en plus, à celle de la Jérusalem hébraïque puis juive d’avant le Christ. D’autant plus que ce maintien de son autorité suprême va de paire avec celui, non moins visible, de toute l’institution telle qu’elle a été fondée par le Christ, aussi bien dans l’organisation fondamentale que dans la substance de l’enseignement laissé en dépôt, ce qu’on appelle son apostolicité, c.à.d. son unité parfaite avec l’époque des Apôtres. Nonobstant la petite parenthèse, à l’échelle de la vie de l’Eglise ici-bas, que nous vivons depuis plus de 50 ans ou depuis le Concile Vatican II… Même au milieu de cette crise terrible, comme au travers de toutes les précédentes (persécutions sanglantes et hérésies sans nombre en son sein), l’Eglise romaine continue au moins dans sa tête et dans ses membres visiblement attachés à elle ainsi qu’à son apostolicité. Car il n’est pas question, ici, de raisonner en majorités ou avec le faux esprit démocratique mais d’après le seul Evangile : « il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus » (Mt, 20…
     
Même si le nombre de ses membres diminue considérablement il demeure néanmoins assez important pour mettre en évidence l’autre caractéristique unique de l’Eglise qui lui valu depuis toujours son premier qualificatif, reconnu honnêtement ou nécessairement par ses adversaires, à savoir sa catholicité, son universalité également visible, aujourd’hui comme hier, ou le maintien au moins de noyaux de membres authentiques sous toutes les latitudes et longitudes. Elle est, à présent, d’autant plus remarquable et inexplicable (humainement…) que partout se font sentir les effets d’une conspiration puissante et souvent tyrannique contre sa doctrine ou sa morale, voire contre sa présence (pays totalitaires communistes, musulmans etc.). Et cela encore d’autant plus que, parmi ses vrais fidèles, elle est accompagnée d’une unité de pensée (de foi) et d’action (obéissance dans la ligne de la foi) qui, au simple regard humain, étonne et émerveille car, aujourd’hui comme hier, elle aurait pu ou dû depuis très longtemps voler en éclats en raison de cette dispersion et face à l’importance et à la malignité de l’adversité.
      
Avec tout cela va encore de paire un autre caractère distinctif de l’Eglise dont l’affirmation pourrait paraître déplacée au regard des faits infiniment déplorables rappelés au début : sa sainteté également visible… Oui ! nous l’affirmons sans peur car, là encore, il n’est pas question du nombre de ses membres saints. S’il ne se trouvait, à toute époque, qu’un seul catholique brillant parmi tous par l’éclat d’une sainteté transcendante et de loin sans pareille, cela suffirait à dire l’Eglise sainte, c.à.d. ayant la capacité unique à rendre tel, d’abord, par sa doctrine et l’exemple de son divin fondateur ; ensuite par tous les moyens spéciaux et surnaturels, institués par le Christ, de produire la sainteté dans toute âme de bonne volonté que sont, en gros, ses sacrements. Or, même actuellement, dans son dramatique état interne de déliquescence, l’Eglise, par la bouche de l’ensemble, sinon de la totalité, de ses pasteurs, en commençant par le pape, continue à défendre la morale exigeante qui la singularise, notamment dans son rejet total, clair et ferme de l’avortement, du « mariage pour tous », des P-M-A et G-P-A, de l’euthanasie etc., à l’encontre de toutes les autres institutions dominantes, religieuses et civiles, sur cette terre. Et grâce à cela et malgré cela il se trouve partout des membres de cette Eglise, à côté de ses autres membres, certes, infidèles et indignes, pour vivre conformément à ces exigences (avec l’aide nécessaire des sacrements), ce qui, ne serait ce qu’en raison de leur minorité, est un début de l’héroïcité que l’Eglise elle-même exige, à un niveau sublime, pour déclarer « saint » ou « canoniser » l’un de ses membres. Honneur décerné, de fait, qu’à un tout petit nombre.
   
Or comment expliquer la présence simultanée, constante et visible de ces quatre propriétés (apostolicité, catholicité, unité et sainteté) exceptionnelles, chacune étant pourtant si difficile, voire impossible, à réaliser dans les temps et espace si vastes que la durée de ce monde et l’étendue de cette terre, sinon par une assistance spéciale, une force surhumaine ou miraculeuse qui ne peut venir que de Dieu (le Saint Esprit envoyé par Jésus à la Pentecôte) pour faciliter, à tout moment de l’histoire, aux esprits droits la reconnaissance de l’unique Eglise fondée par lui en vue de conduire de la façon la plus sûre les âmes au salut éternel jusqu’à la fin des temps ? Pour cette raison, en plus de son divin fondateur, on peut alors la qualifier de divine. Plaise à Dieu que nous ne soyons pas de ceux qui « regardent sans regarder et écoutent sans écouter et sans comprendre » (Mt, 13)!
     
Y. Bertrand

samedi 21 juillet 2018

L’équipe de France et la Fraternité

La victoire retentissante au niveau mondial, que notre pays vient de célébrer comme il convient, a été avant tout celle d’une équipe (remplaçants et encadrement compris) et non de la somme de talents individuels (réels et aussi indispensables). Tel est le message qu’entraîneur et joueurs n’ont de cesse de faire passer et dont la vérité est mise en évidence par le documentaire et reportage sur la vie interne du groupe, pendant la préparation prochaine et le déroulement de la compétition, qui a été diffusé juste après. Le parfait esprit de camaraderie qu’il révèle en même temps que la non moins parfaite unité par rapport à l’autorité sont aussi émouvants à découvrir que le triomphe qui s’en est suivi.

Dans le milieu catholique traditionnel où il est de bon ton de balayer d’un revers de main méprisant les évènements mondains, non sans, assez souvent, quelques bonnes raisons, on serait bien inspiré de méditer cet exemple de belle réussite, certes que mondaine, comme le Nouveau Testament nous y invite, parfois, par manière de parabole (les coureurs du stade, l’intendant malhonnête, par ex.). Oui, tout spécialement à l’aube d’un nouveau et relativement long règne à la tête de la Fraternité St Pie X, on ne peut s’empêcher de penser aux divisions graves qui ont marqué et gâché le règne précédent, en honorant fort mal son beau nom (« Fraternité »), et qu’il ne faudrait, d’ailleurs, pas croire trop vite totalement disparues ou non encore latentes.

Sans doute est-il beaucoup plus difficile d’établir un parfait esprit d’équipe dans un tel groupe de près d’un millier de membres (sans compter bien sûr les fidèles par dizaines de milliers) dispersés sur la terre entière qu’au sein d’une cinquantaine de personnes vivant en un petit vase clos et motivées par de très séduisantes récompenses terrestres à court terme. Naturellement parlant il est évident que c’est même impossible ! Mais n’est-on pas censé vivre là au niveau surtout surnaturel, c.-à-d. de la foi, de l’espérance et de la charité qui rendent cela tout à fait possible et normalement encore plus parfait comme à l’échelle de l’Eglise tout entière ? On peut donc parler d’un certain échec de cette Fraternité non seulement en interne mais aussi en externe car comment son influence n’en pâtirait elle pas sur les âmes, en général, et sur les esprits romains, en particulier, qu’elle veut tous ramener à la pure Tradition de l’Eglise ? Les derniers, fins politiques, ont beau jeu, alors, d’exploiter cette faiblesse pour leurs desseins pas nécessairement très catholiques…

Qu’est ce que le véritable et parfait esprit d’équipe ou de fraternité ? C’est, tout d’abord et au moins, le règne d’une bienveillance sincère, et non de façade, entre tous les membres. C’est aussi celui d’une véritable confiance mutuelle qui donne à chacun l’assurance de la solidarité inconditionnelle. Ce sont surtout le respect et la confiance non moins réels envers l’autorité laquelle, en retour, assure, alors mais dans ce cas seulement, la parfaite unité d’action du groupe avec une efficacité maximale.

A cela s’oppose tout le mal causé au prochain, en général, et à l’autorité, en particulier, par la langue ou la plume: persifflage et mauvais esprit qui entraînent forcément désobéissance ou refus de coopérer à l’œuvre commune du groupe pour lui préférer ses petites vues et fins « perso ». A ce sujet nul ne peut ignorer les graves avertissements de St Jacques et, à sa suite, de tous les maîtres spirituels dont celui-ci stigmatisant le bavard : « toute sa vie de fond passe sur ses lèvres et s’écoule dans les flots de paroles qui emportent les fruits de plus en plus pauvres de sa pensée et de son âme. Car le bavard n’a plus le temps et bientôt plus le goût de se recueillir, de penser ni de vivre profondément. Par l’agitation qu’il crée autour de lui il empêche chez d’autres le travail et le recueillement féconds. Superficiel et vain le bavard est un être dangereux » (R.P M.-Eugène de l’E.-J., o.c.d.) ! « Dangereux » car c’est de cette perte de la charité que découle sans doute, entre autres, l’esprit de parti ou d’a priori défavorable par lequel on n’accorde sa confiance qu’aux uns et pas aux autres en excluant, de fait mais sans aucun droit, ces derniers du groupe.

Sans doute le charisme naturel du chef joue-t-il dans l’unité également naturelle d’un groupe mais il n’est pas nécessaire au niveau surnaturel où nous nous situons et où c’est l’action de la grâce ou du St Esprit qui est primordiale. Donc son absence ne peut en aucune façon excuser la rébellion.

Comme l’équipe de France de balle au pied, et bien plus encore, la Fraternité St Pie X est engagée dans une compétition de niveau mondial dont l’objectif est la contribution au salut éternel du plus grand nombre d’âmes. D’abord, certes, par les moyens surnaturels mais sans mépriser les naturels dont Dieu est aussi l’auteur. Comme celui-ci consacré par l’adage : « on n’attire pas les mouches avec du vinaigre ». Comment, en effet, provoquer l’enthousiasme pour la Tradition, que l’on incarne, sans afficher comme nos actuels champions du monde de parfaites entente et unité ? Car de là découlent le grand bonheur du « vivre ensemble » puis le succès quasiment assuré ; donc la joie intense, communicative et contagieuse…

mardi 19 juin 2018

La santé de l'Eglise et de la Fraternité Saint-Pie X

C’est une évidence que, depuis des décennies, le corps de l’Eglise, dans sa composante humaine ou faillible, est malade et même très gravement malade. Car, comme un corps physique qui l’est également, il ne parvient plus à se défendre contre ce qui porte atteinte à son intégrité. Son système immunitaire est défaillant. La preuve de sa santé est, en effet, sa capacité à réagir comme il faut aux attaques contre son bien commun fondamental qu’est la foi, soit en elle-même, soit en ce qui lui est connexe dans la doctrine ou dans la discipline.
     
Cela se constate, tout d’abord, dans la sa manière de tenir ses conciles convoqués justement pour définir, dans la concertation la plus large et sereine possible de l’ensemble de ses principaux chefs et sages et l’invocation spéciale du St Esprit (charisme d’infaillibilité), les moyens adéquats de remédier aux maux les plus graves d’une époque. Trois exemples suffisent à l’illustrer. Le tout premier concile, qui a réuni les Apôtres, a ainsi résolu la question, disputée entre les judéo-chrétiens et St Paul, des prescriptions mosaïques pour les nouveaux chrétiens issus du paganisme. Le concile de Trente (XVIème) fut réuni pour réfuter les erreurs protestantes et réformer en profondeur la discipline de l’Eglise, notamment pour la formation des prêtres, et lui procurer ainsi comme un nouveau départ qui se solda notamment, en quatre siècles, par des gains considérables en pays de mission, à commencer dans le Nouveau Monde. Le concile Vatican II l’illustre aussi mais malheureusement comme contre-exemple. On pouvait s’attendre, en effet, à ce qu’au moins il s’occupe à réfuter aussi, de façon plus radicale et solennelle, les principales erreurs graves (qui divisent alors que la vérité unit) circulant dans l’Eglise depuis les cent dernières années (libéralisme, modernisme etc.) bien que déjà vigoureusement condamnées par les papes, notamment par St Pie X et Pie XII, mais manifestement sans en être éradiquées. Il n’en fut rien puisque ce fut tout le contraire qui arriva, à savoir le triomphe officiel et incroyable, dans et par le concile lui-même, de ces erreurs dont le pendant (et le châtiment) fut la peau de chagrin à laquelle devint vite réduite l’Eglise!
     
Un autre constat de la santé ou non de l’Eglise est dans l’attitude de son chef suprême. Nous venons de citer St Pie X qui en est l’un des plus beaux exemples et encore proche de nous ; et auquel on doit, en majeure partie, l’œuvre magnifique accomplie partout par l’Eglise jusqu’à Pie XII inclus. Car, à lui tout seul, il a réalisé une œuvre comparable à celle du grand Concile de Trente, à la fois dans la réfutation des graves erreurs contemporaines et dans les réformes disciplinaires à mettre en œuvre afin d’y remédier en profondeur. Le « bon pape Jean » en est aussi une illustration mais malheureusement a contrario : par son optimisme béat, volontariste, sorte de positivisme moral, à ne voir que les bons côtés ou petites parcelles de vérité dans le monde présent ou dans les autres religions alors que leurs erreurs et égarements graves y crèvent les yeux ! D’où son refus de les condamner, par une conception faussée de la charité, soit en tant que pape, soit dans le concile convoqué par lui. Certes, selon St Paul, la charité « se réjouit de la vérité, ne tient pas compte du mal, excuse tout ou supporte tout » (I Cor, 13) ; mais, aussi selon le même, elle « proclame la Parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte etc. » (II Tim, 4). Et on ne connait que trop la suite, toujours plus catastrophique, jusqu’à aujourd’hui…
     
La facilité de diffusion du mal dans un corps est encore une preuve de son manque de santé. L’Eglise est déjà passée par un tel état dans son histoire : lors de la crise arienne (IVème) où, comme il a été dit, un matin, le monde se réveilla arien ! En effet, la plupart des évêques, ainsi que l’empereur romain, devinrent ariens ou semi-ariens. Même un pape de cette époque, Libère, semble avoir eu quelque faiblesse. Ce qui explique que le grand héraut et héros de la foi d’alors, St Athanase, fusse tant persécuté et plusieurs fois chassé de son siège épiscopal. La situation fut analogue, lors de la crise protestante, dans l’Europe, alors, toute catholique, où près de la moitié bascula totalement, clergés, princes et fidèles, dans l’hérésie et où les catholiques demeurés fidèles furent violemment persécutés. N’a-t-on pas connu la même chose au XXème à l’occasion du concile Vatican II où un semblable vent de folie, et non le St Esprit, semble avoir encore soufflé dans l’Eglise et entraîné la quasi totalité des évêques à signer des textes, approuvés ensuite par le pape, totalement novateurs et formellement opposés à sa Tradition bimillénaire?
     
Toute proportion gardée, ce qui vaut pour l’ensemble de l’Eglise vaut aussi pour chacune de ses parties. A la veille d’un nouveau chapitre électif pour la Fraternité St-Pie X, moment majeur de sa vie ou pour son avenir, il n’est pas inutile de se le rappeler. Il est, en effet, un peu comme un concile à l’échelle de cette congrégation. Il se présente a priori bien car, à la différence du corps global de l’Eglise, elle paraît un corps sain. Car sa raison d’être fut la réaction claire et ferme aux graves erreurs contemporaines dans l’Eglise, à l’instar des papes d’avant Vatican II déjà nommés. Et cette attitude doctrinale, sans le moindre compromis, n’a pas changé d’un iota depuis sa fondation, est demeurée dans la droite ligne de celle de son célèbre fondateur, Mgr Marcel Lefebvre.
     
Ce qui pour autant ne signifie pas que tout y aille bien. Il n’a certainement pas échappé aux observateurs des événements publics de sa vie interne qu’elle a même un talon d’Achille : s’il n’est assurément pas doctrinal, il est, en revanche, disciplinaire (application juste de la doctrine), à commencer par la difficulté de son positionnement à l’égard de Rome, inhérente à son état de résistance (légitime). Cette question a posé problème depuis son origine, a causé des troubles et même des scissions récurrents : avec principalement les « sedevacantistes » (années 70 et 80), les « ralliés » (fin années 80 et suivantes) et récemment les « résistants », opposés à toute régularisation de la situation canonique par la Rome actuelle, considérée comme se jeter dans la gueule du loup. Sa ligne de conduite a toujours été de ne rien refuser de celle-ci tant que cela ne compromet pas l’intégrité de la foi et de la morale (danger estimé réel en 1988), ce qui n’est rien d’autre que le pur esprit de l’obéissance due envers toute autorité reconnue comme légitime ; et ce qui est logique, de sa part, puisqu’elle a toujours reconnu comme telle tous les derniers papes en rejetant le sedevacantisme. Là aussi elle semble demeurée saine par sa fermeté à reprendre, menacer, voire exclure, ses propres membres s’opposant publiquement à ses décisions sur cette question.
     
Gageons (et prions fort) qu’elle continue à l’être durant son chapitre tout proche, préservé de tout vent de folie, et dans la personne de son futur supérieur général! 

dimanche 4 mars 2018

« Les animaux malades de la peste » [1] au XXIème siècle

« Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste [puisqu'il faut l'appeler par son nom]
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. »
Une nouvelle peste est décrite dans un dossier complet paru dans Valeurs Actuelles de décembre dernier. Dossier courageux car ose briser le tabou consensuel et habituel sur le sujet abordé. Il honore donc cette revue.

Le mal mortel, qui y est décrit, est avant tout moral : la pornographie! 
  
L’Achéron, fleuve des enfers de la mythologie grecque, équivaut donc à l’Enfer des chrétiens ou de ceux qui y croient encore et auxquels il inspire, à juste titre, la plus grande mais salutaire terreur [2].

Que Dieu abandonne à ce point les hommes d’aujourd’hui à ce vice peut être considéré comme un châtiment et l’un des pires puisque pas seulement les corps sont frappés, comme par la peste, mais surtout les âmes, mettant en grand danger leur salut éternel. 

Qu’il y ait de nos jours des crimes à punir et qui crient même vengeance au Ciel, est une évidence : l’avortement, le « mariage pour tous » et les autres négations de la loi naturelle auxquelles il faut malheureusement ajouter celles de la loi surnaturelle, notamment avec la nouvelle pastorale papale en faveur des divorcés remariés (illégitimement)…

« Tous étaient frappés » : « à l’école, sur internet, dans les familles… », sous-titre notre hebdomadaire pourtant pas toujours foudre de guerre!
« On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient.
Plus d'amour, partant plus de joie. »
D’où vient cette perte de goût des choses ordinaires de la vie ? C’est le propre d’une addiction que de dévorer ainsi énergie et temps. Comment se contracte-t-elle ? Par ignorance, voire par mépris, des recommandations des bons auteurs spirituels [3], unanimes à dire que l’inclination naturelle à la luxure, séquelle universelle [4] du péché originel, est si forte que la seule parade efficace est autant que possible la fuite des occasions dangereuses (avec la prière concomitante). Toute présomption en la matière se paie cash et cher (à tout point de vue) !
« Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse. »
Telles devraient être les paroles de sagesse de tout clerc et même de tout gouvernant dignes de ce nom, devant normalement rechercher le bien véritable de leurs sujets ! Il n’en est pour ainsi dire rien. Au contraire :
« Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints. »
Est bien vrai le proverbe : « nul ne peut être (bon) juge (déjà de soi même) et partie » !... Ainsi que l’adage : « à force de ne pas agir comme on pense, on finit par penser comme on agit » ! Perversion volontaire des consciences qui a fait les pires hypocrites, les pharisiens d’hier et les libéraux ou libertaires d’aujourd’hui, se permettant tout mais accablant et persécutant ceux qui, au nom de la morale, savent s’interdire non, certes, sans faiblesses:
« L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
A l’époque du fameux fabuliste ou dans le doux royaume de France d’alors, tout « honnête homme » un tant soit peu instruit ou toute « tête bien faîte » était profondément imprégnée de bonne doctrine et avait la foi catholique, même si non exemplaire en tout point. On savait donc qu’en tout temps Dieu exigea des victimes expiatoires et des boucs émissaires. Et parmi les plus innocents comme l’agneau pascal. Car, s’Il est infiniment miséricordieux ou toujours prêt à pardonner, ce n’est pas sans exiger une réparation, à commencer par le repentir sincère du cœur. L’âne en est une belle figure et Jésus-Christ en est la plus parfaite réalisation [5], condamné de la façon la plus inique par ceux que l’on sait. Mais en réalité condamné à notre place par Dieu afin de mériter, grâce à son innocence parfaite, et d’appliquer le pardon de leurs crimes aux hommes malgré tout de bonne volonté. Puissent ils être nombreux par les temps si corrompus qui courent! 

Puissent ELLES aussi être nombreuses ! Car, s’il est vrai que la corruption dont nous parlons fut longtemps l’apanage du premier sexe, en qui « la concupiscence est plus grande » [6], les enquêtes récentes montrent qu’il n’en est plus rien. Le vrai visage d’un certain féminisme est ainsi découvert : l’envie, autre grand vice, est sa motivation ! Mais l’envie la plus basse, de ce qu’il y a de pire comme le libertinage. D’où toutes les « avancées » pour « libérer » la femme de la maternité (contraception, avortement), son travail naturel, et encourager le travail hors du foyer familial qui le favorise. Belle avancée, merveilleux progrès sera ce que d’avoir bientôt non seulement des Mmes Putiphar [7] mais aussi des violeuses en série et des « Barbes Bleues » [8] !!

Quand Notre Dame dit que ce vice est celui qui entraîne le plus d’âmes en Enfer [9], les faits semblent malheureusement le confirmer. Bon Carême !


  1. de Jean de La Fontaine (1621-1695), Les fables - Recueil II, livre VII 
  2. un seul péché mortel non regretté et non confessé suffit à y faire tomber pour l’éternité /3/ 
  3. fidèles à l’Evangile : « si ton œil est pour toi un sujet de scandale (…) jette le loin de toi etc. » (Mathieu, 17)
  4. comme tous les péchés capitaux au nombre de sept 
  5. ce que doit aussi être tout vrai chrétien en union avec J.C. : selon les capacités de chacun
  6. St Jean Chrysostome, homélie 34 sur la Ière Epître aux Corinthiens
  7. la femme de l’eunuque du pharaon qui chercha à séduire le patriarche Joseph (Genèse, 39) 
  8. comment ne pas voir un rapport de cause à effet entre ce qu’offre notamment internet (en pornographie et en violence extrême) et la multiplication effrayante des crimes les plus crapuleux, horribles, lâches et abjects ?! 
  9. même s’ils sont en soi moins graves que les péchés de l’esprit

vendredi 7 juillet 2017

La reconnaissance de la Fraternité St-Pie X (F.S.S.P.X) et le volontarisme

Là où il y a des hommes il y a de l’hommerie ! Et le monde ecclésiastique n’échappe pas à cette loi. L’histoire de l’Eglise le prouve abondamment à chacune de ses pages.

Certains s’en scandalisent, surtout à notre époque où l’on a perdu la juste vision de l’homme dans sa partie la plus noble, l’âme, dont l’existence elle-même est niée par beaucoup, au nom d’un matérialisme philosophique pur et dur. On ne croit ainsi plus au péché originel dont, jusqu’à preuve du contraire, les clercs ne sont pas plus préservés que les autres. On a donc jeté aux oubliettes tout ce que la théologie et le catéchisme enseignaient jadis sur cette question capitale. Notamment quant à ses séquelles que l’on garde plus ou moins à vie, malgré la purification et la grâce baptismales, et qui font que même les plus grands saints ne peuvent s’empêcher de façon absolument parfaite de tomber dans quelques péchés, certes très légers mais péchés quand même.

Il y eut ainsi entre eux des controverses, voire des querelles qui demeurent comme des morceaux d’anthologie dans l’histoire de la pauvre humanité : entre St Pierre et St Paul, entre St Jérôme et St Augustin, entre St Thomas d’Aquin et St Bonaventure etc.. Alors comment n’y en aurait il pas, avec son lot de déchaînement des passions, entre ceux qui sont moins ou bien moins saints et qui constituent l’écrasante majorité des hommes quels qu’ils soient?

En ces aléas de l’existence présente, impossibles à éviter tout à fait, le monde ecclésiastique a le secret des noms d’oiseaux dans un mode ou une apparence tellement châtiés qu’ils ne sont compréhensibles que par les initiés. Que les non initiés sachent que se jeter à la figure, par exemple, « intellectualiste » ou, à l’opposé, « volontariste » font partie des plus grandes injures !... Ainsi se sont opposées pendant un bon nombre de siècles de grandes écoles de pensée philosophique et théologique comprenant chacune une cohorte de saints et de docteurs de l’Eglise, notamment celles représentées par deux des plus grandes familles religieuses de l’Eglise : les dominicains, d’un côté, et les jésuites, de l’autre.

Il suffit de connaître un peu les différences de personnalité de chacun des fondateurs de ces deux ordres, nécessairement marqués en profondeur par elles dans leurs règles, constitutions ou styles de vie religieuse, pour voir l’origine de telles invectives. Dieu donne, en effet, à chacune de ses créatures une individualité, un caractère unique et nécessairement limité de telle sorte qu’ensemble elles se complètent et constituent un tout harmonieux, image la plus complète possible de la perfection infinie de Dieu. St Dominique était plutôt un contemplatif donc ainsi fut son ordre, notamment dans sa plus belle figure qu’est St Thomas d’Aquin. St Ignace, ancien capitaine, était à l’évidence plutôt un homme d’action donc ainsi fut sa fameuse Compagnie de Jésus dans laquelle les œuvres apostoliques ou missionnaires furent nettement plus développées que chez les fils de St Dominique. Mais il ne faut pas tomber dans les schémas réducteurs et simplistes car St Dominique et beaucoup de ses fils furent aussi de grands apôtres et missionnaires (auprès des Cathares pour le premier). A l’inverse, les fameux Exercices spirituels de St Ignace montrent que lui et nombre de ses fils furent de grands contemplatifs et hommes d’oraison ainsi que de grands théologiens. Il n’empêche que pris dans leur globalité chez les premiers l’accent est mis sur la contemplation pure, alors que chez les seconds l’accent est mis sur l’activité apostolique.

D’où une différence d’accentuation aussi dans la vie intellectuelle et spéculative, en réalité comparable dans son importance chez ces deux familles spirituelles. Dans la 1ère, l’accent est mis sur l’étude spéculative à son plus haut niveau, cad portant sur Dieu en lui-même et dans son œuvre qu’est la création, que ce soit au niveau de la seule raison (théodicée et métaphysique), que ce soit au niveau de la foi (théologie dogmatique). Dans la seconde, l’accent est mis sur l’étude de l’homme dans ses actes en vue de sa fin dernière (psychologie, éthique, théologie morale et ascétique). Ce qui constitue une merveilleuse complémentarité et une grande richesse pour l’ensemble de l’Eglise.

Mais deux défauts ou tendances ont pu en naître chez certains de leurs représentants. D’un côté, celle à oublier que la fin ultime n’est pas dans la contemplation elle-même ou dans la seule activité intellectuelle mais dans l’union de charité à Dieu qui se réalise le plus dans la vie apostolique et réside dans la volonté (comme en Dieu : « Dieu est Amour » ; et comme chez les saints : l’héroïcité des vertus). De l’autre côté, celle à oublier que pour que cette union soit la plus parfaite possible la volonté doit nécessairement être suffisamment éclairée et guidée par les plus hautes étude ou contemplation possibles de Dieu dès ici bas (l’intellect n’est pas supérieur mais antérieur, par nature, à la volonté).

Mais, de nos jours, cette opposition n’existe malheureusement plus entre ces deux ordres également atteints par les ravages des nouvelles philosophie et théologie dans la pensée ; et ceux de l’œcuménisme dans l’esprit apostolique ou missionnaire. Elle existe, par contre, entre, d’un côté, la pensée moderne et le modernisme ; et, de l’autre, la pensée de l’Eglise éternelle qui se récapitule en celle de St Thomas d’Aquin. La première reproche à la seconde son intellectualisme au nom de son agnosticisme, son erreur fondamentale qui interdit tout discours raisonné sur Dieu dont elle refuse même d’affirmer la simple existence et a fortiori sa Révélation. Et la seconde reproche inversement à la première son volontarisme, à l’image des « impératifs catégoriques » de Kant ou de la soi disant éthique moderne et évolutive, car non ancrée dans la reconnaissance et connaissance des lois divines et immuables, naturelle et surnaturelle, mais dans les seuls a priori ou diktats de la volonté humaine, individuelle et collective.

Cette opposition existerait, par contre, chez les tenants de la fidélité intégrale à St Thomas et à la Tradition de l’Eglise. « Volontariste » est, en effet, l’injure suprême, dans la bouche de ceux qui se considèrent donc « intellectualistes » (sinon se complaisent dans leur intellect), à l’adresse de certains de leurs semblables. Tel est le cas dans la querelle interne à F.S.S.P.X avec la perspective de sa reconnaissance entière par la volonté presque exclusive de Rome et qui doit se traduire par l’octroi d’un statut très spécial et presque unique dans l’Eglise : celui de prélature personnelle, certes préféré par la Fraternité, car doit la protéger le mieux possible de l’ingérence des évêques diocésains, toujours modernistes pour la plupart, étant entendu qu’il est impossible de ne pas avoir certaines relations de dépendance par rapport aux autorités légitimes de l’Eglise, principalement romaines mais même épiscopales. Ce serait donc volontarisme ou seulement « impératif catégorique » que d’accepter cela seulement parce que cela vient de la Rome encore conciliaire et car « il ne faut jamais sous estimer son adversaire ». Comme si le successeur de Pierre ne devait être vu que comme n’importe quel adversaire et non d’abord comme la pierre sur laquelle s’édifie nécessairement toute œuvre d’Eglise ou hors de laquelle on ne construit que sur le sable ! Comme si ce n’était pas un impératif de foi et de salut éternel que de ne pas refuser tout lien de dépendance concrète par rapport au fondement divin de l’Eglise qu’est le successeur actuel de Pierre, quelle que soit sa valeur personnelle ! N’est ce pas de façon bien plus patente volontarisme que d’agir ou de réagir non par prudence mais par crainte en ne se fondant que sur des conjectures, sans lumières ou preuves suffisantes, ou que sur des procès d’intention soit par rapport à Rome, soit par rapport à Mgr Lefebvre qu’on tente de récupérer en prétendant que, comme en 1988, il n’aurait jamais accepté cette nouvelle proposition, comme si la situation présente était identique à celle de son temps ! A moins qu’ils aient la science infuse ou le don de prophétie ? Ce qu’à Dieu plaise ! Mais, en attendant que cela soit dûment prouvé, gardons raison !

B.Y.

mercredi 26 avril 2017

Les mariages et le mariage de la Fraternité Saint-Pie X (F.S.S.P.X)

Malgré l’infime portion de l’univers médiatique qui a parlé de cela, surtout au beau milieu de la campagne présidentielle, il n’a sans doute pas échappé à bon nombre de « tradis » branchés, de tous bords, que le Vatican vient de commettre un nouvel acte en direction de la F.S.S.P.X [1] en incitant les évêques à accorder à ses prêtres, en général, la délégation ordinaire de l’Eglise pour célébrer les mariages, de futurs préparés par leurs soins, dans les églises diocésaines, après leur avoir concédé, depuis 2015, le pouvoir ordinaire d’entendre la confession de tout fidèle s’adressant à eux, notamment dans leurs chapelles.

On remarquera que, dans l’un et l’autre cas, c’est implicitement reconnaître la bonne doctrine de ces prêtres, ce qui est plutôt rassurant après le trouble grave provoqué notamment par le synode sur les divorcés remariés ; que vouloir retirer toute crainte sur la validité aux fidèles, attachés à la doctrine traditionnelle mais non spécialistes en droit canonique, est conforme à l’esprit de charité dont doit spécialement briller l’Eglise ; le tout prouvant que le Saint Esprit continue encore et malgré tout à l’assister dans son état pourtant dramatique. 

On remarquera également que la première concession n’est pas faite via les évêques alors que seconde l’est, sans doute en raison de la bien plus grande importance de la confession pour le salut; et qu’il n’est pas parlé des mariages célébrés par ces mêmes prêtres dans leurs propres chapelles, que ce soit dans le passé comme dans le présent et le futur, sans doute tant que la F.S.S.P.X n’a pas de statut propre et pleinement reconnu par Rome. 

Pour cette raison il apparaît clair que ces actes romains, surtout le plus récent, sont unilatéraux et non le fruit d’un accord, sur ces points précis, car la F.S.S.P.X aurait certainement préféré ne pas exposer ses prêtres et, plus encore, ses fidèles au dilemme du mariage soit, désormais, en vertu de cette dernière mesure, comme si tout était redevenu normal dans l’Eglise ; soit, encore, en vertu de la délégation extraordinaire concédée par son droit [2] dans les situations exceptionnelles ou l’état de nécessité puisque, à ses yeux, il est toujours réalité au niveau de la foi et de la morale (surtout sur le mariage) à défendre, comme le commentaire « autorisé » de la F.S.S.P.X sur ce document [3] le répète à l’envi. 

Faut-il pour autant mépriser, une nouvelle fois, une telle mesure objectivement bienveillante envers la F.S.S.P.X, même si fâcheusement incomplète, comme en ont pris l’habitude, dans ses rangs, une frange non d’intransigeants [4] mais de « purs et durs », quelque peu paranoïaques, qui ne veulent y voir que des tentatives de réduire sa résistance, en y semant la zizanie [5], et ont ainsi vite fait d’accuser de trahison leurs confrères, voire supérieurs, qui ne partagent pas leur dogmatisme pratique et primaire ? Force est, en effet, de constater que telle n’est pas la position officielle de la F.S.S.P.X, qui fait aussi et seulement preuve de bienveillance envers Rome, en la remerciant courtoisement de cette concession ; mais sans se battre la coulpe le moins du monde de s’en être passée jusqu’à présent et en disant vouloir prendre le temps d’étudier les conditions de sa mise en œuvre pour le plus grand bien de ses fidèles.

Au travers de cette prévisible et nouvelle contestation interne, se manifeste une autre difficulté que la régularisation des mariages de la F.S.S.P.X, celle de la normalisation de son propre mariage avec Rome ! Pour mémoire, ce qu’on pourrait appeler ses fiançailles avec celle-ci eurent lieu par son approbation officielle et, entre autres, romaine lors de ses fondation et période probatoire dans les premières années 1970 qui auraient dû aboutir à sa reconnaissance définitive en 1975. Mais, dès 1974, il y eut rupture unilatérale, du côté du Vatican [6] pour aboutir aux fameux événements de 1988. Les relations ont repris de façon positive depuis l’an 2000 mais tardent à aboutir.

Les raisons en sont sans doute bien humaines autant que doctrinales. Il y a, du côté d’encore beaucoup d’évêques et de cardinaux, de la résistance qui est, parfois, une sorte de tyrannie ou de sectarisme venant de ce qu’ils ont objectivement trahi la première raison d’être de la hiérarchie qu’est le salut des âmes par la défense avant tout de la saine doctrine. De l’autre, au sein de la F.S.S.P.X elle-même, il y a le mauvais pli pris, en bonne partie par la force des choses, d’agir en s’affranchissant de presque toute dépendance pratique et normale envers la hiérarchie. Or nul n’aime naturellement changer ses habitudes ! Il est donc humain de trouver de « bonnes » raisons de repousser indéfiniment le moment où l’on ne pourra plus savourer la satisfaction, d’un côté, de dominer par abus de pouvoir [7] et, de l’autre, de n’en faire qu’à sa guise : le tout « pour la gloire de Dieu et le salut des âmes », bien sûr… ! 

Voila pourquoi l’argument du retour de Rome à l’orthodoxie pour avoir avec elle des relations saines et bonnes n’est au fond qu’un prétexte. D’autant plus que l’histoire de l’Eglise prouve abondamment que ces basses « hommeries » ont existé à chacune de ses pages donc ne cesseront pas avec la disparition de l’état de nécessité ; qu’elles font partie des croix ordinaires de la vie en société, quelle qu’elle soit, qu’il est indigne d’un chrétien ou lâcheté de sa part de vouloir fuir à tout prix [8].

Répondre aux avances romaines, ce n’est donc, d’un côté comme de l’autre dans les circonstances présentes, avoir en vue qu’un mariage de raison et non d’amour, comme l’étaient aussi, le plus souvent, les unions matrimoniales des siècles passés... Bien que cela puisse - et doive - être aussi un bel acte de charité surnaturelle avant tout envers les âmes à sauver, voire envers les responsables actuels de l’Eglise qui, derrière une assurance de façade en persévérant dans leurs égarements, peuvent cacher une détresse profonde face à l’évidence de son état catastrophique. Cela devrait aider, dans la F.S.S.P.X, à beaucoup relativiser les différends internes, d’autant plus qu’il ressemble fort, dans le cas présent, à une résurgence de l’opposition perpétuelle entre idéalisme et réalisme donc entre un faux et un vrai thomisme [9]!
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[1] du 5 avril 2017 

[2] mais contestée, même si bien plus par nombre d’évêques, qui considèrent donc invalides de tels mariages, que par Rome elle-même 

[3] du 8 avril 2017 

[4] la juste et intrépide intransigeance, mais sans raideur ni amertume, sur les plus hauts principes de l’Eglise, l’intégralité de la foi et de la morale, a toujours été la caractéristique de la F.S.S.P.X et l’est encore. 

[5] qu’en réalité ils sèment eux-mêmes ! 

[6] mais de la part de la Rome « conciliaire » et non de la Rome « de toujours », comme disait feu Mgr Lefebvre 

[7] il n’est pas rare de constater dans l’exercice du pouvoir, notamment ecclésiastique, un autoritarisme ou une sorte de jalousie féminine qui souffre difficilement son partage, en écrasant toute concurrence supposée ou en voyant vite de la désobéissance dans les initiatives. La manière virile se manifeste, au contraire, par la capacité à déléguer (en exploitant les talents à bon escient et en laissant donc une certaine autonomie ou une part d’initiative) à l’instar de la hiérarchie d’institution divine (non sans analogie avec la militaire) par laquelle le Christ lui-même a voulu partager son propre pouvoir souverain et universel avec son vicaire, le pape ; a voulu que celui-ci le partage en chaque lieu de l’Eglise sur cette terre avec les évêques investis par lui ; puis que ceux-ci fassent de même avec leurs curés etc.. Etant entendu que celui qui a reçu délégation n’agit légitimement que tant qu’il n’en dépasse pas les limites fixées par l’autorité supérieure ; et doit suffisamment lui rendre compte. Sans parler de la vertu surnaturelle ou chrétienne d’obéissance qui fait aimer, à l’exemple encore de Jésus-Christ, la pratique de la soumission ou de la dépendance donc de l’humilité… 

[8] étant sauve la nécessaire protection des membres et des fidèles de la F.S.S.P.X, par ses propres maisons et chapelles, voulue par son fondateur ; lequel n’a néanmoins jamais voulu une séparation parfaitement hermétique ou schismatique du reste de l’Eglise; pas plus qu’on ne peut être totalement séparé de la société civile sous peine d’être privé de ses secours élémentaires et nécessaires et d’être hors la loi ! 

[9] au moins pratique sinon spéculatif

lundi 10 octobre 2016

Cessons d’hurler aux ET comme les loups!

On devrait se réjouir des propos prêtés dernièrement au pape contre la théorie du genre [i], dignes d’un bon pasteur : bon envers les pécheurs, fussent-ils des homosexuels militants ou des « transsexuels », comme envers les « divorcés-remariés » ; mais aussi intraitable envers le péché en lui-même, en l’occurrence contre-nature donc, il est vrai, d’un degré nettement supérieur en gravité à ceux qui ne le sont pas. 

Dans le continent dont est issu François, composé de pays et de sang encore relativement neufs, donc moins dégénérés que ceux de la vieille Europe, on éprouve peut être plus vivement de la répulsion, au niveau naturel, à l’égard de ces péchés ; alors que l’origine majoritairement latine, au sang chaud, de son peuplement pourrait expliquer une inclination à trop d’indulgence envers les écarts par rapport à la loi divine et naturelle mais malgré tout dans la ligne de la nature… 

Ainsi peut on comprendre la différence manifeste d’attitude chez le pape confronté tantôt à la grave question des « divorcés-remariés », tantôt à celle de la théorie du « genre ».

Mais cette explication n’est bien-sûr pas tout à fait satisfaisante. Il faut y ajouter le fameux « esprit du Concile » qui lui a interdit d’interdire, qui a voulu exclure de ses textes les anathèmes habituels des conciles précédents ou du passé en général. Ils ne visaient pourtant que les graves erreurs ou péchés en eux-mêmes et non a priori la personne de leurs auteurs à l’égard de laquelle l’Eglise a toujours été d’une miséricorde et d’une patience admirables. Non sans les punir, parfois, en cas d’obstination manifeste, autant pour la préservation du bien commun que pour provoquer le retour à l’orthodoxie, première condition du salut éternel, chez les délinquants. 

C’est un fait que des esprits faibles ou sans grande charité ont pu prétexter des condamnations passées pour laisser libre cours à leur méchanceté ou perversité naturelles et aller jusqu’à déshonorer l’Eglise et le nom chrétien par des agissements tout à fait répréhensibles montés ensuite en épingle - et probablement exagérés : « mentez, mentez ! », était le mot d’ordre de Voltaire - par leurs ennemis (à propos, par ex., des croisades et de l’inquisition, entreprises très louables en elles mêmes et globalement bonnes en leur réalisation [ii], même si entachées de faiblesses humaines). 

Montrer du doigt de tels excès - hypocritement car on sait très bien qu’il y en aura toujours en ce bas monde - n’était, là aussi, qu’un prétexte pour justifier la « tolérance » libérale, la légitimité quasiment reconnue au mal (par ex., en autorisant la communion, sans exiger le repentir et sans éviter le scandale, à ceux qui se sont « remariés » alors qu’un précédent lien de mariage demeure aux yeux de l’Eglise) comme au bien. Elle n’en est donc, en fait, que l’excès opposé et non le vrai juste milieu qu’est la vertu et ici la tolérance véritable et catholique. A ses yeux le mal reste le mal à part entière même si elle juge préférable, par prudence et patience, de ne momentanément pas l’empêcher ou le réprimer totalement [iii].

Le pape actuel ne peut être tenu responsable de ce mauvais esprit qui a présidé au dernier concile. Mais il en est malheureusement devenu un ardent adepte ou plutôt prisonnier. Certains de ceux qui se veulent les plus catholiques, plutôt que se tirer une balle dans le pied en dénigrant l’institution divine, qui est le fondement même de l’Eglise, par le ton de leurs critiques, à l’instar de nos ennemis [iv], feraient donc mieux de faire preuve de vraie charité, dont fait partie le respect…, envers leur prochain par excellence qu’est le Saint Père, le Père commun de TOUS les catholiques, par le minimum de bienveillance et de volonté secourable auquel chacun a droit. Et lui en premier !

B.Y.
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[i] cf. Le Figaro du 4 octobre dernier 
[ii] cf. Le Figaro Magazine du 12 août dernier 
[iii] cf. le sage Edit de Nantes du « bon » roi Henri IV envers les protestants français 
[iv] comme notre pauvre « ministre de l’Education »…

vendredi 22 juillet 2016

Les « sedevacantistes » : leurs au moins double aberration et désertion !

St Pierre s’est distingué parmi tous les Apôtres par la promptitude de sa foi, c.-à-d. à adhérer à l’article de notre Credo proclamant la divinité de Jésus-Christ en lequel se récapitule, comme l’affirme St Paul, toute la religion catholique car il suppose celui sur la Trinité, avec sa seconde personne incarnée, et tous les autres articles en découlent. Or, comme le Fils de Dieu le lui a dit, ce ne sont pas la chair et le sang (Mtt., 16), c.-à-d. la raison humaine ou naturelle, qui ont pu faire connaître au Prince des Apôtres des vérités qui la dépassent de façon absolue, qui lui sont totalement impossibles à concevoir, mais la seule Parole divine [1]. Voila pourquoi il lui paraît on ne peut plus normal d’être docile à celle-ci en recevant humblement son enseignement ou tout ce qu’elle a bien voulu nous révéler sur la divinité elle-même, sur la destinée qu’elle a préparée à ses créatures, surtout celles faites à son image ou participant à sa nature spirituelle. Son esprit est donc naturellement religieux. Pour lui l’existence d’un être transcendant, infiniment au-dessus et distinct de tous les êtres connus et qu’on appelle Dieu, va de soi.

Comme cette simplicité ou cette spontanéité de Pierre à croire en Dieu tranchent non seulement avec la lenteur de l’Apôtre Thomas mais aussi et bien plus gravement avec la difficulté de l’homme moderne à accepter soit déjà la vérité élémentaire de l’existence de Dieu (notamment dans la France « laïque » d’aujourd’hui devenue l’un des pays les plus areligieux au monde), soit a fortiori l’idée de se soumettre en tout à son autorité ! Il n’y a certainement pas progrès en cela mais au contraire une régression de l’humanité demeurée jusque là universellement religieuse depuis ses origines, même si avec des déviations graves (dans les judaïsme et christianisme d’origine eux-mêmes comme hors du judéo-christianisme); et d’autant plus grande que parallèlement la connaissance de toutes les merveilles de la nature et de l’harmonie parfaite entre elles a, elle, considérablement progressé, mettant encore plus en lumière qu’autrefois l’existence de cette intelligence supérieure et de cette bonté, qui se répand si généreusement, qu’est Dieu, leur seule explication satisfaisante et rationnelle possible. C’est cette quasi évidence que refusent de reconnaître les agnostiques et les matérialistes soi-disant scientifiques ! Difficile de ne pas y voir un acte d’orgueil (peut-être inconscient chez certains) ou de mauvaise volonté, celle pour la créature de ne pas dépendre de son créateur [2]. On tombe alors là dans l’absurde car quel esprit sensé ne voudrait pas dépendre de la bonté infinie ? N’est-ce pas folie de vouloir s’en séparer individuellement et socialement pour le présent donc pour l’éternité ? Voila sans doute comment on peut en arriver à ce degré de malice qui rend l’homme tellement mauvais ou dépourvu de bonté qu’il devient incapable de concevoir Dieu comme la bonté même et de se tourner vers elle avec amour (le fameux blasphème contre le St Esprit). Quel aveuglément épouvantable! Que Dieu nous en préserve au moins personnellement sinon collectivement !

Revenons à la simplicité bien plus sympathique de St Pierre ! Elle lui a attiré la bénédiction divine autant que l’esprit d’indépendance attire à son auteur la réprobation, sinon la malédiction : « tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et les portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mtt., 16). Autrement dit : « par ta foi exemplaire, tu as été jugé le plus digne pour tenir ma place de manière visible lorsque je serai remonté au Ciel ; et tu as surtout mérité, en retour, ma protection toute spéciale sur mon Eglise, donc sur toi, contre les menées de l’Enfer qui ne visent rien de moins que sa ruine totale ». On peut en déduire que si nous assistons de nos jours à ce qui ressemble beaucoup à cette œuvre de destruction, c’est le moins qu’on puisse dire, c’est que la foi du successeur de Pierre, comme d’ailleurs de ses prédécesseurs immédiats, n’est pas exemplaire, est très imparfaite, sinon gravement défaillante. Elle laisse, en effet, prévaloir les pauvres petites pensées de l’homme [3] sur celles sublimes et adorables de Dieu [4] comme nous l’avons encore constaté dernièrement avec consternation à propos, par exemple, du lien sacré du mariage…

Ce n’est donc pas pour rien que l’Eglise a depuis toujours coutume de prier spécialement à chaque messe, entre autres, pour son chef. Nous devons prendre très à cœur cette prière car Jésus a aussi dit « veillez et priez sans cesse », « demandez et vous recevrez », ce qui signifie que la protection divine sur l’Eglise d’aujourd’hui dépend certainement de nos prières pour le pape, comme la délivrance de Pierre de la prison d’Hérode a dépendu de celles de la première communauté chrétienne à Jérusalem. De nos jours, son successeur, comme d’ailleurs la grande majorité du clergé, est prisonnier, sinon physiquement, au moins spirituellement, intellectuellement de philosophies ou de manières de réfléchir qui prévalent dans le monde mais qui sont incompatibles avec une pensée vraiment chrétienne, qui la combattent ou la pervertissent [5]. Ce n’est pas un jugement personnel mais celui du plus grand pape de notre époque, St Pie X, qui a depuis longtemps [6] diagnostiqué ce mal des plus graves qui la ronge et qu’il a appelé le modernisme ou « le collecteur de toutes les hérésies ! ». Que cela puisse aller chez un pape lui-même jusqu’à lui faire perdre totalement et intimement non seulement la foi mais aussi la papauté, dont la mission principale est de transmettre inviolablement et de défendre la première, ne peut l’affirmer en toute certitude que celui qui a seul sur terre le pouvoir suprême de lier et de délier, à savoir un pape… D’où la position doublement aberrante des « sedevacantistes » qui, en plus de leurs folles prétention [7] et présomption à affirmer par leur propre et seul jugement (et « ex cathedra » !) que le siège de Rome serait vacant, se dispensent ainsi de prier pour la délivrance de celui qui y a été au moins légalement [8] élu donc privent l’Eglise de précieuses prières au moment où elle en a le plus besoin! Ce qui ressemble fort à un lâche repli, à l’abri des coups inévitablement reçus sur la ligne de front à tenir, qu’on appelle aussi une désertion…

B.Y.
[1] les innombrables et éclatants miracles de J.-C. et des Apôtres ne font que la confirmer 

[2] dépendance qui, dans l’Eglise ou au niveau surnaturel, doit être totale, à commencer chez le pape envers J.-C. et la Tradition de l’Eglise jusqu’à lui, puis chez les évêques envers J.-C., la Tradition et le pape, ensuite chez les prêtres envers J.-C., la Tradition, le pape et leur évêque, enfin chez les fidèles envers J.-C., la Tradition, le pape, leur évêque et leurs prêtres 

[3] surtout depuis le Concile Vatican II 

[4] contenues dans toute la Révélation de J.-C. puis dans la Tradition qui la complète sans la contredire sous l’action du St Esprit 

[5] seules les philosophie et théologie thomistes cadrent parfaitement avec elle, comme l’affirme St Pie X à la suite de la plupart des papes 

[6] encyclique « Pascendi » en 1908 

[7] le gouvernement de l’Eglise, voulu par le Christ à perpétuité, est monarchique et non démocratique 

[8] à distinguer de « légitimement » qui a une connotation morale donc suppose que les cardinaux responsables de l’élection aient voté en âme et conscience ou en estimant que l’élu avait au moins les qualités indispensables requises ; et que l’élu ait accepté le vote dans le même esprit ; ce qu’il serait illégitime de ne pas supposer sans preuve formelle ou indubitable du contraire…

mardi 31 mai 2016

« Ils en ont parlé » (des accords avec Rome…)


Ce titre évoque certainement pour beaucoup, au moins chez ceux d’un certain âge, la fameuse image d’Epinal inspirée de l’affaire Dreyfus et étant en réalité double car représentant un dîner, dans la société apparemment distinguée de l’époque (fin XIX), avant et après que la conversation soit tombée dessus… Il y a, en effet, des sujets tabous qui ne peuvent être abordés sans déchaîner, chez certains, des passions comme la colère, voire la haine, lesquelles provoquent en sens opposé, par réaction, les mêmes passions, ce qui rend impossible toute discussion constructive.
                                  
En l’occurrence, toute cette histoire en rapport avec cet officier d’origine juive réveillait le sentiment exacerbé, donc passionné, et multiséculaire de l’antisémitisme, cette antipathie viscérale, ni rationnelle, ni surnaturelle comme celle envers le péché (mais non envers le pécheur), éprouvée par un bon nombre envers les descendants de ceux qui non seulement refusèrent de reconnaître le Christ comme Messie mais n’eurent que haine envers lui, poussèrent à sa condamnation, persécutèrent ensuite ses disciples puis, chassés de Palestine et répandus dans le monde (connu) devenu chrétien, n’eurent de cesse de perpétuer parmi eux les mêmes sentiments et d’autant plus que leur immense mépris pour les non-juifs les incitaient à ne pas se mêler aux autres peuples sinon pour leurs seuls intérêts ou pour en tirer profit de toutes les manières possibles et immorales (cf. le Talmud, la pratique de l’usure etc.). Si elle est compréhensible, la faiblesse humaine fait qu’elle pouvait facilement dégénérer en excès qui obligèrent même, à bien des reprises dans l’histoire, l’Eglise et ses meilleurs disciples à prendre leur défense contre ses propres fils égarés qui les persécutaient, à leur tour, de façon tout aussi injuste, voire cruelle : le chrétien ne rend pas le mal pour le mal !
                      
Aujourd’hui, un nouveau sujet tabou est apparu non à l’échelle de tout un peuple, comme la précédente affaire, mais à celle plutôt d’un microcosme, celui de la «Tradition » « canal historique » ou de la Fraternité St-Pie X ; et à propos de ce qu’une minorité très remuante dans cette déjà minorité appelle « les accords avec Rome » (avec laquelle les désaccords doctrinaux ne cessent de s’accentuer et d’être soulignés par son autorité). 
                      
Remuante donc passionnée et à un point qu’on imagine difficilement si on n’en a pas été témoin : tout sauf paisible (la paix intérieure est pourtant la marque du St Esprit…), toujours à l’affût (avec internet…), voire obsédée par les moindres nouvelles venant de Rome ou de la maison généralice de leur Fraternité comme si toute la vie ne tournait plus qu’autour de cela; incapable de réagir posément à leur réception mais les jugeant à l’emporte pièce, car avec colère, et s’échauffant encore plus entre individus semblables du même parti et les rejetant forcément, alors, avec véhémence, voire mépris; incapable donc de considérer paisiblement ou à tête reposée les choses, surtout les avis a priori opposés aux leurs. 
                      
Passionnée donc excessive, notamment en étant tranchée ou sans nuances dans ses jugements du genre : « on ne doit pas chercher à gagner l’indulgence de l’année sainte du pape François puisque son enseignement sur la miséricorde, entre autres, n’est pas orthodoxe ». Comme si l’indulgence obtenue ainsi était nécessairement mauvaise ! De même : « on ne doit rien signer avec un tel pape puisque etc.», même si celui-ci, en vertu de son pouvoir apostolique détenu légitiment et usé ici à bon escient, reconnaissait à cette Fraternité le droit à exister de façon pleine et entière dans l’Eglise, pour le salut du plus grand nombre possible d’âmes, en ne changeant rien à son fonctionnement actuel et en n’exigeant même plus d’elle de reconnaître ce qu’elle a toujours refusé de reconnaitre (la conformité à la Tradition ou la bonté de tout le concile Vatican II et de la nouvelle messe qui en est issue). Car il y a, il est vrai, un immense paradoxe, voire un mystère, à ce qu’un tel pape manifeste réellement des dispositions aussi favorables. Mais ce fait pourtant indéniable (contra factum non fit argumentum) n’a pas l’heur de cadrer avec les catégories étroites de certains esprits trop simplificateurs, voire aveuglés par leur ire endémique (manifestation d’une crainte plutôt irrationnelle ?). Ils sont ainsi devenus incapables d’y voir l’œuvre avant tout de la Providence (donc du St Esprit en personne !) qui fait depuis toujours pousser la bonne semence au milieu de l’ivraie et a l’habitude de déjouer les pronostics humains, fussent ils pour la défense de la foi ! Les béatitudes comme « bienheureux les doux etc. », « bienheureux les pacifiques etc. » leur sont devenues du chinois, totalement étrangères. Eux aussi ne sont ils pas, au fond et finalement, adeptes de la loi du Talion : le mal (le mépris et peut être la haine) pour le mal ?… 
                      
Excessive donc tombant dans la contradiction, voire le ridicule, car il n’y aurait aucun inconvénient, selon cette minorité, à gagner, cette année, l’indulgence du Puy, sans doute d’institution très ancienne mais qui ne peut être obtenue aujourd’hui que par le bon vouloir du pape régnant ou qu’en vertu du seul pouvoir du successeur de Pierre en place…
                      
Excessive donc provoquant les réactions indignées, voire courroucées, à leur tour, du parti loyaliste envers l’autorité de la dite Fraternité accusée injustement et obstinément par les premiers de trahison (elle aussi…). 
                      
Dans ces conditions, créées par elle, on ne voit pas comment il est encore possible d’aborder avec toute la sérénité nécessaire ce sujet en société ou lorsque tout ce petit monde se trouve réuni (peut être même en chapitre ?…). Qu’elle ne s’étonne et ne s’offusque donc pas d’être éventuellement mise devant le fait accompli !
                      
N’est ce pas le même problème à l’échelle de la hiérarchie de toute l’Eglise quand est abordée la question de la Fraternité St-Pie X? On comprend alors que le(s) pape(s) (déjà Benoît XVI) soi(en)t également tenté(s) d’agir motu proprio pour résoudre cette question si sensible au sommet comme à la base. 
                      
Moralité de l’histoire : quand « ils en ont parlé » sans avoir su le faire comme entre gens de véritable bonne compagnie, avec calme, courtoisie et droiture, on en arrive fatalement à ce que « ils n’en ont pas parlé » !

lundi 30 mai 2016

Les distinctions d'un pape

« Les illusions d'un pape » est le titre de la recension, dans un hebdomadaire dit de « droite » de ce mois de mai, sur une parution récente revenant sur la question du « ralliement » à la République, en tant que régime, et accablant, une nouvelle fois, à son sujet le pape Léon XIII. L'auteur de l'article nous paraît en général mieux inspiré. Sans vindicte à son égard, nous allons néanmoins défendre un autre point de vue...
                    
En 1892, ce pape publie l'encyclique « Au milieu des sollicitudes » à l'intention des catholiques de France. Identifier, alors, la résistance à son message, prônant la reconnaissance du nouveau régime, avec l'ensemble des fidèles de la Fille aînée de l'Eglise est certainement une erreur. Elle est, en réalité, le fait d'une minorité. Pour preuve, l'effondrement, d'après ce papier lui même, du parti monarchiste français après l'encyclique papale. Il ne jouissait donc plus, déjà avant, de l'appui solide de la majorité des catholiques. Celle ci se rallia, non d'abord à la république, mais à ce qui lui parut une politique sage laquelle ne condamnait nullement la monarchie en elle même mais l'exagération pratique de certains de ses défenseurs. En effet, il ne s'agissait pas pour le pape de convaincre les catholiques « d'abandonner leur attachement à la monarchie » mais de faire preuve d'un vrai souci du bien commun qui de façon réaliste devait passer, à ce moment, par un renoncement provisoire à cette forme de gouvernement, étant donné qu'elle n'a rien d'absolument nécessaire pour un Etat aux yeux de la doctrine on ne peut plus traditionnelle de l'Eglise (cf. St Thomas d'Aquin).
                    
Cette minorité avait sans doute de bonnes raisons de détester ce gouvernement républicain, persécuteur de l'Eglise. Mais c'était alors le devoir du pape d'éclairer celle la afin de bien distinguer celui ci du régime qui n'est en soi pas mauvais. Ce en quoi, loin d'empiéter dans le domaine temporel de façon indue en imposant son choix (monarchie ou république), il ne faisait qu’entériner celui déjà accepté (plus de 20 ans après son avènement) par la majorité de la population et avait avant tout en vue le bien de l'Eglise ou des âmes ; mais ni la seule survie d'un ancien régime en soi caduc, ni même celle des propres Etats de l'Eglise qui, en l’occurrence, passait au second plan. C'est le manque de docilité, voire plus, à la voix autorisée du successeur de Pierre qui a pu valoir à des monarchistes les foudres de certains confesseurs ; autrement dit, leur attachement désordonné et non celui tout court à la royauté.
                    
Que Léon XIII n'ait pas obtenu l'apaisement espéré montre surtout la détermination sectaire de ses adversaires que charitablement il n'avait pas prise à sa juste mesure. Fort de l'expérience son successeur en tiendra compte et ne transigera plus. Mais avec une grande différence car autant on pouvait transiger sur un changement de régime, autant on ne le pouvait sur la place prééminente et exclusive qui devait revenir à l'Eglise de France dans une société civile encore majoritairement et profondément catholique. En cela St Pie X fut, certes, le seul qui ait vu clair mais par rapport à l'épiscopat français et non par rapport à son prédécesseur (cf. notre article « Le Cardinal Baudrillart et Monseigneur Lefebvre, fils éminents de France et de l’Eglise »).
                    
Il n'y a de paradoxe dans l'attitude de ce souverain pontife que pour ceux qui ne l'ont pas comprise ou qui n'ont pas voulu la comprendre, par un attachement non raisonnable mais passionnel à un régime plutôt qu'à un autre, ou qui ne possèdent pas l'art de la distinction propre à tout vrai disciple de St Thomas qu'il était : ici entre le régime républicain bon en soi (comme la monarchie) et le gouvernement en place évidemment mauvais (qui aurait pu être monarchiste comme cela s'est vu dans d'autres pays). Ne pas faire cette distinction reviendrait aujourd'hui à ne pas faire, par ex., celle entre nazisme et Allemagne ! Distinguer ainsi n'est nullement en contradiction avec sa condamnation claire et vigoureuse du libéralisme car il fait aussi partie de la pratique traditionnelle de l'Eglise de tolérer, parfois, ce qu'elle condamne. Cela n'a rien d'une attitude libérale sauf pour ceux qui de nouveau ne savent pas distinguer la tolérance vraiment catholique de la soi-disant telle des libéraux qui n'en est pas une car elle n’existe qu’envers ce qui est mal à ses yeux alors que soit ce qui est mal pour nous est bien pour les libéraux, soit ce qui leur paraît tel ne doit plutôt pas être permis selon eux: « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! » (cf. le génocide vendéen sous la Révolution, par ex., d'esprit libéral en dépit des apparences...). Car ils ne connaissent pas davantage la charité mais n'ont que haine envers leurs adversaires.
                    
Le vrai paradoxe est qu'une telle attaque contre ce pape accusé d'être libéral trouve sa place dans un hebdomadaire qui, bien que réputé « de droite », ne fait de l'antilibéralisme (philosophique - celui condamné par Léon XIII – à ne pas confondre avec l'économique) ni son fond de commerce, ni son cheval de bataille, bien au contraire. En fait, il n'existe, aujourd'hui en France, aucun grand media antilibéral comme il en existait à l’époque de ce pape (« L'Univers » de L. Veuillot, par ex.). Comme il n’existe aucun grand parti politique antilibéral à l'instar du parti légitimiste d'alors, vrai et seul parti de « droite » contre tous les autres issus de la Révolution, plus ou moins de « gauche » ou se réclamant tous du principe libéral par excellence qu'est la liberté de conscience ou la primauté de celle ci sur la vérité, donc sur Dieu ; et par conséquent celle des fameux « droits de l'homme » sur ceux de Dieu : autant d'erreurs graves condamnées sans concession par le grand pape Pecci, entre autres. Il est donc pour le moins cocasse que ces libéraux se croient autorisés à lui donner une leçon d’antilibéralisme ! 
                    
Quant à l'auteur du livre, nous distinguons l’historien du philosophe ! L’historien qui apporte les matériaux que sont les documents et témoignages ; et le philosophe qui en affine l’interprétation. Or les jugements nous paraissent ici manquer singulièrement de nuances donc de justesse (comme dans l’interview donnée ce 21 mai dans un quotidien plutôt bien pensant). Que Pie IX ne fusse pas d’une nature portée à la diplomatie, peut être ? Mais en tant que pape, il était entouré d’une curie dont la réputation en la matière est universellement reconnue depuis des siècles et dont la pratique comporte nécessairement certains compromis comme, par exemple, tous les concordats. Que Léon XIII fut d’un naturel plus diplomate, sans doute. Mais user du compromis n’est donc pas le propre d’un esprit libéral ou manquant de surnaturel, bien au contraire. Car c’est la charité, l’âme de l’Eglise depuis toujours, qui est la cause de son art bien à elle de la concession qu’on appelle aussi tolérance (la vraie, la catholique) et qui parfois fait éviter concrètement « la lutte ouverte contre l’ennemi » dont en théorie on condamne pourtant sans ambages les faux principes. Telle est aussi l’attitude pastorale, c’est-à-dire à l’image de celle du Bon Pasteur et du Sacré Cœur, qui consiste à ne pas appliquer brutalement ou avec rigorisme la doctrine mais avec une patience inlassable, au risque de paraître peut être incohérent ou de ne pas être compris (scandale des faibles). De plus, avant d’opposer ces deux papes sur une même question, il faut avoir la connaissance parfaite de toutes les circonstances en lesquelles chacun a agi et qui ont fort peu de chances d’être identiques. Et il est un peu trop facile de reprocher au dernier, plus d’un siècle après les évènements, de ne pas avoir bien su prévoir le degré des mauvaises dispositions des ennemis de l’Eglise face à lui ! Enfin établir un parallèle, voire un rapport de cause à effet, entre le ralliement de Léon XIII et celui de Vatican II (à l’esprit du monde), c’est ne pas voir plus loin que le mot lui-même (ralliement) car il y a, en réalité, au moins une différence essentielle : d’un côté, une seule concession pratique et aucune quant à la doctrine de l’Eglise ; de l’autre, de multiples concessions d’abord doctrinales puis pratiques. Cette thèse ne s’en prend en définitive qu’à une chimère!

samedi 28 mai 2016

Jeanne, son anneau et les « migrants »

A l’occasion de la Ste Jeanne d’Arc, vraie fête nationale ou patriotique de chaque deuxième dimanche de mai, nous avons, cette année, fêté au moins dans nos cœurs la nouvelle et merveilleuse victoire qu’elle vient de remporter en subtilisant au nez et à la barbe des Anglais, mais en toute loyauté, un anneau à elle tombé en leur possession, il y a près de 600 ans, afin qu’il soit de retour sur le sol de sa patrie et redevienne la propriété de son peuple : Deo gratias ! Plaise à Dieu qu’elle en remporte encore une de nos jours mais digne d’elle ou de son esprit éminemment chevaleresque, c’est-à-dire on ne peut plus chrétien !...

Reportons nous, tout d’abord, à son époque où, s’adressant à Henri VI, elle lui dit : «Roi d’Angleterre, si vous ne le faîtes ainsi, je suis chef de guerre et en quelque lieu que j’atteindrai vos gens en France, je les en ferai aller, qu’ils veuillent ou non. Et, s’ils ne veulent obéir, je les ferai tous occire. Je suis envoyée de Dieu, le roi du Ciel, corps pour corps, pour vous chasser de toute la France».

Une telle et parfaite assurance de la part d’une vraie jeune fille (pas garçon manqué), paysanne et bergère d’à peine 17 ans, n’a rien de naturel ou d’humain mais est sans aucun doute surnaturel ou l’œuvre extraordinaire du St Esprit qui depuis son enfance possède cette âme car elle a toujours docilement correspondu à ses moindres inspirations. Pour preuve que cette parole ne fut nullement celle en l’air d’une fausse illuminée mais une véritable prophétie, c'est qu'elle se réalisera à la lettre !

Peut-on appliquer à notre situation présente ces paroles inspirées ? Elles semblent, en effet, une nouvelle fois, d’actualité dans notre histoire nationale avec ces fameux « migrants » qui, en grand nombre et par hordes, envahissent l’Europe, de façon générale, et la France, en particulier.

La raison immédiate de la mission de Jeanne fut l’invasion illégitime aux yeux de Dieu de la France, même si pas aux yeux de légistes et casuistes retors, par un roi étranger et son armée afin de faire passer notre pays sous sa couronne. Et sa fin fut donc de les renvoyer chez eux car, comme elle le leur dit aussi sous les murs d’Orléans, la veille de la reprise de la ville: «si vous tenez à retourner vivants en Angleterre, ne continuez pas à faire fi des ordres du Ciel qui veut les rois chacun chez soi!».

Chaque roi, ou chaque peuple représenté par lui, doit donc se contenter du territoire que la Providence lui a assigné, comme chacun doit se contenter des biens qu’il possède légitimement et ne pas prendre de force ou voler ceux qui appartiennent au voisin sauf, enseigne la morale, quand il manque du strict nécessaire pour survivre et que ce strict nécessaire lui est refusé par qui peut lui en faire l’aumône et en a alors le devoir. Cet état de nécessité n’était évidemment pas le cas du roi ou du peuple anglais de l’époque de Jeanne, même s’il était peut être moins bien pourvu, moins riche que le roi ou le peuple français. Eut-il été pauvre, ce qu’il faut distinguer de l’état de misère qui est le manque du nécessaire, que cela n’aurait pas justifié le vol, la violence ou la razzia comme moyens de s’enrichir. Les légitimes sont avant tout le travail ; puis l’acquisition contractuelle en bonne et due forme de nouveaux biens quand on en a les moyens. Tels sont les bons principes que l’Eglise a mission de rappeler, notamment aux gouvernants!...

Pour résoudre, de ce point de vue, la question d’actualité, il est clair que les populations « migrantes » ont investi des territoires de notre pays qui ne leur appartiennent pas, même si avec le consentement de leur propriétaire qu’est a priori l’Etat. Mais il représente le peuple français qui l’a acquis à la sueur de son front ou par ses impôts ; et l’a souvent défendu au prix de son sang. Or dans son ensemble ou dans sa partie saine d’esprit, il ne semble pas consentir à le leur céder au moins gracieusement (surtout pour la raison développée ci-dessous en 2ème partie).

Par contre, il est également clair que ces populations étant de fait présentes et dans le dénuement, on a le devoir de leur venir en aide comme le samaritain de l’Evangile. Mais leur présence et leur misère actuelles ne constituent aucunement un droit pour l’avenir à rester chez nous, du moins en droit romain sinon en droit musulman... Reste donc à établir si leur migration ne fut vraiment motivée que par l’état de nécessité (cf. la raison développée ci-dessous en 2ème partie) ou si l’état de guerre les obligeait réellement à quitter leur pays (cf. exodes en France de 1914 et 1940, pour ne parler que des plus récents, qui n’eurent lieu que dans les limites du territoire national).

Dans la négative, les mesures devraient être décidées sans délai pour leur rapatriement.

Dans l’affirmative, combien de temps leur présence sera-t-elle encore légitime ou à partir de quand devront elles retourner chez elles en ayant le minimum convenable pour y vivre?

Les réponses concrètes et appropriées à ces deux hypothèses n’appartiennent qu’à ceux qui ont autorité afin de bien juger, ayant pour cela la connaissance de tous les tenants et aboutissants, à savoir les gouvernants. Malgré tous les soupçons mauvais et fondés qu’on peut nourrir à leur égard, prenons néanmoins garde à ne pas porter des jugements de façon hâtive, sommaire, simpliste, sans sérénité ou sous le coup de la colère, téméraire en un mot!

Par contre, nous aurions raison de relever une différence de poids entre la situation présente et celle du début du XVème que nous prenions comme référence. Si les étendards des deux princes en présence, Henri VI et Charles VII, étaient adversaires, leur bannière (religieuse) était, en revanche, la même, celle de la seule religion catholique. Aujourd’hui, non seulement les étendards sont opposés mais aussi et surtout les bannières: christianisme contre islam ! La réalité présente diffère donc d’alors et est, en vérité, beaucoup plus grave car ce ne sont pas seulement et somme toute que des biens matériels qui sont menacés mais aussi et surtout la foi elle-même, tout notre héritage spirituel ; et d’autant plus que l’on connaît bien l’esprit violemment conquérant, très intolérant du mahométisme envers les autres religions et tout spécialement envers le christianisme ; et, qui plus est, son incapacité non seulement à séparer (qui, elle et elle seule, n'a rien de mal en soi) mais même à distinguer réellement le temporel du spirituel.

De ce point de vue, Ste J. d’Arc n’est alors plus une référence suffisante ou adéquate. Il faut se reporter près de deux siècles plus tard lorsque deux religions se firent physiquement la guerre sur notre territoire national pendant de longues années, avec beaucoup de cruautés, propres aux guerres civiles, qui plus est religieuses, et des dommages matériels, et plus encore spirituels, considérables, à commencer par l’ignorance religieuse au moins dans les populations les plus pauvres et les plus exposées des campagnes dont plusieurs générations ne reçurent plus d’instruction religieuse (cf. vie et fondations de St V. de Paul, par ex.), entre autres, à cause de cet état de guerre. Le roi de France lui-même, Henri IV, avait été un protestant militant avant de revenir au catholicisme. Mais, une fois le silence des armes revenu, il promulgua le fameux Edit de Nantes, chef d’œuvre de tolérance catholique et non libérale car il ne met pas une fausse religion sur un pied d’égalité avec la seule vraie. Tout en ne reconnaissant que le catholicisme comme seule religion officielle, il accorde une certaine liberté, limitée et restreinte, au culte protestant. Celui ci ne concernait pourtant qu’une partie infime de la population, en général, mais davantage au niveau de la haute société ou des puissants, capables d’inquiéter la couronne, comme ils venaient de le montrer. La prudence et la sagesse commandaient donc une telle attitude politique, nullement condamnée par l’Eglise, pour le plus grand bien des âmes, pour éviter la reprise de la guerre. Celle-ci est, à la vérité, l’un des pires dommages pour elles, plus encore que pour les corps et les biens matériels.

Or sans même parler des « migrants » actuels, il y a désormais en France une partie importante de sa population (30% de ses naissances actuelles !), établie depuis au moins deux générations, qui est musulmane. Quelle doit être la politique à leur égard?

Plutôt que devrait-elle être ? Certainement pas celle, qui a cours, de la fausse tolérance libérale qui, au nom de la sacro-sainte liberté religieuse, donne en principe à l’islam autant de droits qu’au catholicisme ; et probablement plus dans les faits à cause de l’anticatholicisme viscéral, appelé « laïcité », des élites depuis au moins 150 ans!

Doit elle être, à l’extrême opposé, celle d’un Charles Martel, semblable en cela à celle de Ste J. d’Arc disant à Henri VI : « si vos gens ne veulent obéir, je les ferai tous occire » ? Toute guerre, comme la peine de mort, est une décision gravissime qui, d’abord, ne peut être légitimement prise que par le gouvernement d’un pays et qui, ensuite, ne doit l’être que quand on a épuisé tous les autres moyens afin de préserver la partie essentielle du bien commun qu’est la paix, pour les raisons déjà sommairement données ci-dessus; et en tenant compte de toutes les circonstances, notamment de celles très différentes entre notre époque et le VIIIème siècle comme, par ex., le fait qu’en ces temps lointains le danger venait d’envahisseurs vraiment constitués en armées, bien moins nombreux et non établis dans le pays donc bien plus faciles à vaincre et à éradiquer ; et que, désormais, déclencher une guerre, c’est risquer des dommages collatéraux immenses sur les populations civiles, prises en otages, en raison de la puissance effrayante des armements accessibles presque au tout venant (même les nucléaires).

Reste donc à envisager la solution de la tolérance non libérale semblable à l’Edit de Nantes. Mais elle suppose un gouvernement assez fort, militairement et surtout moralement, pour la faire respecter aussi bien par les autochtones de culture chrétienne que par les éléments hétérogènes de culture musulmane...

Nous laissons cependant la question ouverte car, encore une fois, il ne nous appartient pas de trancher mais seulement aux gouvernants, eux seuls ayant reçu de Dieu l’autorité légitime et la grâce d’état pour cela avec tous les moyens, dont ils disposent, eux seuls aussi, d’analyser de la manière la plus exacte possible toutes les circonstances du moment.

Mais il est malheureusement clair que nous manquons cruellement, de nos jours, de gouvernants, au pouvoir ou susceptibles d’y parvenir, ayant les qualités requises pour appliquer cette vraie tolérance, voire pour recourir à la force, avec toute la sagesse et tout le courage que l’une et l’autre solutions exigent... Il faut donc vraiment bien prier notre sainte patronne nationale pour que Dieu en suscite. Et cela semble urgent!

Cela vaut aussi, d'ailleurs, pour l’Église envahie de nos jours par des doctrines étrangères et infiltrée par des âmes corrompues qui ruinent sa foi et sa discipline. Or, pour venir à son secours ou à celui de sa tête, le Ciel utilisa également dans les siècles passés des instruments bien humbles et surprenants comme, par exemple, la très modeste aussi Ste Catherine de Sienne dont l'intervention, sans aucun doute inspirée, poussa les papes, longtemps réfugiés en Avignon mais passés sous la coupe d'une puissance étrangère, à rentrer à Rome, leur siège spirituel à perpétuité et la capitale temporelle, alors, de leurs Etats. Pour que le souverain pontife d'aujourd'hui ramène la Barque de Pierre à bon port ou dans son orthodoxie, la Rome de toujours, que notre Jeanne nationale daigne joindre ses prières à celles de sa semblable, patronne de l'Italie, et aux nôtres!